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Rites de veuvage à l’Ouest du Cameroun

ART ET CULTURE - LES RITES DE VEUVAGE OUEST : LA DIGNITÉ DE LA FEMME ÉPLORÉE AU CENTRE DES PRÉOCCUPATIONS

1- Au commencement était le symbole
« Rites de veuvage : symbole ou violence ? », est le thème d’une conférence publique organisée à Bafoussam le 15 février 2010, dans le cadre d’une campagne de plaidoyer pour l’humanisation des rites de veuvage au Cameroun prévue du 10 au 23 février 2010 dans les villes de Bafoussam et d’Ebolowa. Une initiative du CIPCRE qui a bénéficié du partenariat de l’association de la lutte contre des violences faites aux femmes (ALVF), du club médias ouest (CMO) et du programme d’appui à la structuration de la société civile au Cameroun (PASOC). Selon le DG du Cipre, le pasteur Jean Blaise Kenmogne, « la causerie est une occasion pour nous d’interpeller les décideurs publics et populations sur les multiples perversions introduites dans les rites de veuvages. Et les pistes de solutions envisageables pour leur redonner un sens symbolique.» A l’en croire, à l’origine, la pratique du veuvage est une manière de « faire le deuil » d’un être cher que la mort a enlevé à l’affection des siens. Les privations et restrictions avaient pour but de rappeler au survivant que quelque chose a changé dans sa vie et que rien ne sera plus comme avant. « Pour comprendre les rites dans leur portée réelle, il convient de reprendre conscience de leurs 3 cercles de significations », dit-il.

Le 1er est celui de la neutralisation de la mort : « le deuil est organisé comme un espace où la femme se retire de la vie ordinaire, se couche à même le sol dans une nouvelle communion avec la terre, s’entoure de quelques membres de la famille qui l’accompagnent dans sa douleur. Pour mieux la faire sortir de ses chagrins. Elle pénètre dans le silence de la méditation et noue de nouveaux rapports vitaux avec le monde invisible », revèle-t-il. Le 2ème est la réintégration de la veuve dans la vie : dans la célébration des rites, on rappelle à la femme qu’elle n’a pas été épousée par un homme, mais par une famille. Celle-ci est désormais responsable de sa vie et de celle de ses enfants. « Il arrive que la vie communautaire triomphe de la solitude du deuil et de tous les sentiments de désespoir que la mort sème dans les esprits. Les pleurs qui rythment le deuil et les rites de veuvage ne sont que le prologue de l’explosion de la joie de retrouver la vie communautaire. Et de croire encore en l’avenir au sein d’un famille. C’est là le sens le plus profond du lévirat quand cette institution avait encore sa solidité éthique et spirituelle dans nos sociétés », dit-il. Le 3ème est la libération de la veuve : elle est libre d’assumer son avenir comme elle veut, sans rupture avec la famille de son mari. « Cette vision symbolique du veuvage a été pervertie. Aujourd’hui, la violence a supplanté le symbole », confie le pasteur, dépité.

2- La déshumanisation des rites du veuvage

Selon le DG, dans les Bamboutos, le Koung-Khi et en pays Boulou, la violence tend à s’insinuer dans les rites de veuvage. Après la mort de l’époux, la femme est soumise à une kyrielle de privations. Elle doit marcher pieds nus et tête nue, exposant ainsi l’organisme à toutes sortes d’accidents et d’infections. Elle ne doit en principe laver ni le corps, ni les mains, avant de manger. De même, l’assiette dans laquelle elle reçoit son repas ne doit pas être lavée. Elle se couche à même le sol, sur une bâche sans épaisseur ou quelquefois sur des morceaux de bambous rassemblés à la hâte et qui symbolisent le lit détruit. Il faut aussi ajouter le rasage des parties intimes du corps, les bastonnades, les rapports sexuels forcés, le lavage du corps au marigot à minuit, l’extorsion des biens allant de l’escroquerie à la confiscation pure et simple. Généralement, elle doit payer des sommes d’argent pour subir tels ou tels rites.

Les hommes et femmes ne vivent pas avec la même intensité les rites de veuvage. Généralement, les mâles n’ont aucune contrainte sauf pour le cas d’aller « se laver du paria.» C’est quand l’épouse décédée portait une grossesse. Dans cette hypothèse, le mari devient donc un paria. Il doit quitter sa concession pour aller se purifier. Pendant son voyage, il ne doit ni manger, ni passer la nuit dans une maison. Le cas échéant, il souillerait toute la maison. La coutume le condamne à avoir des relations sexuelles avec une femme et à lui abandonner tout ce qu’il portait à l’arrivée : chaussures, vêtements, sous-vêtements… La femme en question devient à son tour souillée et doit faire la même chose que l’homme. Au cas contraire elle porte la malédiction. De tels rituels de violence ne peuvent que laisser des séquelles profondes. Chez les femmes : meurtrissures, traumatismes, maladies sexuellement transmissibles et VIH-SIDA.

Plusieurs facteurs participent du maintien des rituels de veuvage. Entre autres, la peur de la malédiction : on fait croire à la veuve que si elle ne pratique pas les rites de veuvage, le corps, les pieds et le ventre vont s’enfler et elle peut passer de vie à trépas ; la peur du mauvais sort, de la perte des enfants : on lui fait comprendre que ses enfants peuvent même tomber malades ou mourir ou encore faire des accidents graves ; le respect de la coutume : la tradition est présentée comme une norme sociale incontournable, il faut absolument l’observer par respect aux ancêtres qui au cas contraire lui lanceraient la malédiction ; la preuve de non-culpabilité : la veuve est généralement soupçonnée d’être à l’origine de la mort de son mari. Les rites de purification sont donc les preuves de non-culpabilité, un refus de soumission constitue un aveu de culpabilité.

3- Vers une valorisation de la dignité de la veuve

Face aux perversions observées dans la pratique du veuvage du fait de manque de références écrites, obligatoires, il est urgent de refonder les rites de veuvage et de procéder à leur codification écrite, en fonction des cultures et peuples. A cet égard, l’implication des chefs traditionnels est d’une importance capitale. A cela il faut ajouter les campagnes de sensibilisations dans les écoles, lycées et collèges. Où les jeunes peuvent prendre conscience du problème et renforcer un imaginaire de la dignité humaine et des droits de la femme. « Les pouvoirs publics autant que les autres acteurs sociaux doivent mettre sur pied des mécanismes d’écoutes et d’accompagnements des victimes des mauvaises pratiques de veuvages. Afin de leur garantir un suivi psychologique, médical, juridique et économique, gage de leur réinsertion et de leur réintégration harmonieuse dans le tissu social. Le code de la personne et de la famille qui est encore en chantier est la piste de solution à explorer », concluent nos sources.

Écrit par Azap Ndongo

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